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Déchets illégaux italiens : Un parfum de corruption dans l’air tunisien au grand dam des écologistes

Déchets illégaux italiens : Un parfum de corruption dans l’air tunisien au grand dam des écologistes

Comment les poubelles d’une région du sud italien sont-elles arrivées en bateau en Tunisie, pays déjà en difficulté avec ses propres déchets? La question se pose alors que la saisie de centaines de conteneurs fait craindre une vaste affaire de corruption.

Depuis que des douaniers du port de Sousse, ville de l’est de la Tunisie, ont saisi 70 grands conteneurs puis 212 autres au début de l’été, la douane et le ministère de l’Environnement se renvoient la balle.

Et, dimanche soir, le ministre de tutelle Mustapha Aroui a été limogé par le chef du gouvernement Hichem Mechichi. Aucun motif officiel n’a été fourni, mais cette décision est bien liée à l’affaire des déchets, a affirmé à l’AFP une source gouvernementale sous couvert de l’anonymat.

Les cargaisons mises en cause contenaient des déchets ménagers, dont l’exportation est interdite par la législation tunisienne comme par les conventions internationales, qui les qualifient de « dangereux ».

Elles ont été importées par une entreprise locale, Soreplast, quelques semaines seulement après que cette société en sommeil a relancé ses activités –en mai–, avec pour seule autorisation de recycler des rebuts plastiques industriels destinés à l’exportation.

Interrogé avant l’annonce de son limogeage, le service de communication de M. Aroui avait assuré que le ministre n’avait « signé aucun document » autorisant Soreplast à se lancer dans l’importation des déchets. Sollicité à plusieurs reprises, le patron de Soreplast est resté injoignable.

L’AFP a en revanche obtenu copie de la demande initiale de la société tunisienne: à l’arrivée des conteneurs, elle a sollicité l’autorisation d’importer de façon « temporaire » des « déchets en plastiques post-industriel en balles non dangereux (…) pour effectuer les opérations de tri, recyclage et réexportation vers le territoire européen ». Pourtant, le contrat signé par Soreplast avec une société italienne stipule explicitement avoir « pour objectif la récupération (par Soreplast) des déchets et leur élimination ultérieure » en Tunisie.

Selon un responsable douanier, ces documents montrent que Soreplast a fait une fausse déclaration sur la nature de la marchandise importée. Le contrat a été passé avec une société basée au sud de Naples, Sviluppo Risorse Ambientali Srl, spécialisée dans la collecte et traitement des déchets en Campanie (sud).

L’entreprise italienne est également restée injoignable malgré les démarches de l’AFP. Le document, dont l’AFP a obtenu une copie, prévoit l’élimination de 120.000 tonnes maximum, au prix de 48 euros par tonne –soit un total dépassant les 5 millions d’euros.

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A Sousse, le 8 juillet, il a finalement été décidé de saisir les conteneurs pour les renvoyer en Italie, d’après le responsable douanier. Mais, à ce jour, les déchets sont toujours en Tunisie.

Et cette affaire semble illustrer les ramifications du commerce illégal des déchets, qui augmente face au durcissement des normes européennes, et à la réticence grandissante de l’Asie, longtemps dépotoir des déchets occidentaux. Dans un rapport en août, Interpol a ainsi alerté sur l’augmentation considérable des chargements de déchets plastiques illégaux depuis 2018.

Un phénomène d’autant plus préoccupant que les infrastructures tunisiennes ne permettent pas au pays de surmonter ses propres besoins: seuls 61% des déchets de la capitale sont collectés, selon un rapport récent de la Banque mondiale, et la majorité aboutit dans des décharges à ciel ouvert.

 

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