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Bruxelles : Plaidoyer pour un changement du paradigme de la relation Europe-Afrique

Bruxelles : Plaidoyer pour un changement du paradigme de la relation Europe-Afrique

Un plaidoyer a été lancé, lundi soir à Bruxelles, en faveur d’un changement du paradigme régissant la relation entre l’Europe et l’Afrique, pour mieux accompagner les bouleversements majeurs qui se sont produits ces dernières décennies dans les deux rives de la méditerranée et dans le monde.

Lors d’une conférence-débat, organisée par l’association « les Amis du Maroc’’ et l’ambassade du Royaume en Belgique autour du thème « Et si l’avenir de l’Europe passait par le sud ? », cette « nécessaire refondation »’ des relations de l’Europe avec son voisinage sud selon de nouveaux paramètres a été le fil conducteur des échanges qui ont connu la participation notamment de l’ambassadeur du Maroc en Belgique et au Grand-Duché du Luxembourg, Mohamed Ameur, de plusieurs personnalités belges et marocaines des univers de la politique, de la culture, de l’action associative et de la recherche.

Pour Louis Michel, ministre d’Etat belge et ancien député européen, « si l’Europe veut sauver son ADN, il faut qu’elle change de paradigme, notamment dans sa relation avec le sud ».

« Les Européens sont appelés à réfléchir à une nouvelle approche de conception de leurs relations avec l’Afrique, à dégager un certain consensus politique sur l’idée de la jonction entre l’Afrique et l’Europe, à esquisser un modèle qui incorpore aussi bien l’économique que l’humain », a-t-il souligné.

Selon lui, « il y a certes des lectures, des expressions et des perceptions différentes, mais les valeurs humanistes sont les mêmes ».

La meilleure façon de changer de paradigme, a plaidé M. Michel, serait de « négocier un accord d’association et de libre-échange qui inclurait toute l’Europe et toute l’Afrique », ajoutant que « cela permettra de créer une communauté extraordinaire riche en ressources humaines, en matières premières, en éducation, en culture, en savoir et en langues ».

Toutefois, une zone de libre-échange n’a de sens que si elle s’accompagne de liberté de mouvement, a-t-il fait remarquer, estimant que cette liberté « enlèverait cette espèce de problématique migratoire qui est instrumentalisée de façon sordide et qui risque de faire courir un danger extrêmement grave à ce qui fait la grandeur et les valeurs de l’Europe ».

« Toutes les recettes migratoires ayant jusque-là échoué, n’est-il pas opportun aujourd’hui de changer d’approche ? », s’est-il interrogé, insistant sur l’impératif d’aboutir à une « maturité partenariale », à des accords gagnant-gagnant, qui soient « équilibrés et qui ne favorisent pas l’un au détriment de l’autre ».

Dans la même veine, l’économiste et ancien ministre de l’Economie et des Finances, Fathallah Oualalou, a estimé que le partenariat classique conventionnel entre l’Europe et l’Afrique « semble aujourd’hui avoir atteint ses limites ». D’où l’importance, à ses yeux, de mettre l’accent sur les défis du monde d’aujourd’hui pour essayer de « mener une réflexion commune entre Européens et Africains, dans le but de construire un nouveau logiciel qui tient compte de la réalité d’un monde dans lequel l’économie est tractée par l’Asie, tout particulièrement la Chine ».

« L’Europe ne peut imposer sa présence en Afrique que si elle se réconcilie avec ce sud qu’elle a connu et qui l’interpelle aujourd’hui pour mettre en place un nouveau type de partenariat basé sur la coproduction et le co-développement, en vue de gérer ensemble les contraintes liées notamment au réchauffement climatique, à la crise sanitaire, aux inégalités, à la pauvreté et à la sécurité », a-t-il estimé.

Il conviendra à partir de là, a poursuivi M. Oualalou, de développer des chaines de valeur régionales, qui traversent en même temps les chaines de valeur mondiales, mais qui ont la particularité de tenir compte du voisinage et de la proximité.

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Ce nouveau challenge permettra à la Méditerranée de se réhabiliter et de se recentrer pour redevenir un nouveau centre d’un monde plus partagé, plus équilibré et plus multipolaire, a-t-il soutenu.

« L’avenir de l’Europe ne se construira avec le sud que si elle prenne conscience des enjeux actuels et qu’elle arrive à renouveler le partenariat eurafricain », a-t-il insisté, ajoutant que l’Europe doit tenir compte des changements intervenus ces trente dernières années (montée de la chine, bipolarisation USA-Chine, les chocs liés au 11 septembre, à la crise économique de 2008, au printemps arabe, à la crise sanitaire, à la guerre en Ukraine).

Et de poursuivre que « l’Europe, qui a besoin de penser le nouveau monde, semble avoir pris conscience des opportunités crées par les derniers chocs, notamment sur l’impératif d’autonomisation et de découplage avec la Chine ».

« Cette prise de conscience devra la mener vers la mise en place de nouvelles bases d’intégration numérique, énergétique, humaine et culturelle », a-t-il dit.

 

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